Jordan Adeoti : "Ce sera plus facile de parler de mon avenir, si ..."

Ce mercredi après-midi, nous avons rencontré Jordan Adeoti pour un entretien. Entre sérieux et décontraction, Stade Lavallois et Bénin, sans oublier son avenir qui est actuellement au coeur des discussions, rencontre avec la belle révélation Tango de cette saison 2013-2014.

Jordan adeoti itw allezlaval slmfc© Image Sport 53

 

Bonjour Jordan, comment vas-tu après le derby ?

Moyennement, si on nous avait dit qu’on prendrait un point avant le match, on aurait sans doute signé vu qu’ils sont seconds et qu’on était à l’extérieur. Mais vue la physionomie du match on est tous déçu, surtout vu ce que font nos concurrents.

 

Sur le pénalty, tu te fais accrocher et, en te relevant, tu lèves le poing de rage : encore plus déçu ?

Ouais je le lève car à cinq minutes de la fin, avoir un pénalty c’est une grosse occasion. Donc je le lève, pour le coup un peu trop vite. Même si ça n’avait pas été sur moi je l’aurais levé, et la frustration aurait été la même de toute façon donc voilà...

 

Neuf matchs sans victoire, la mauvaise série continue.

Oui, ça continue. Malheureusement ça fait plusieurs matches où c’est pareil. Je pense qu’on mérite de gagner, on doit gagner mais il manque toujours ce petit truc pour faire basculer la rencontre

 

L'élimination en Coupe à Amiens est-elle le tournant de cette mauvaise passe ?

C’est depuis ce match là qu’on a plus gagné, après est-ce que c’est un tournant je ne pense pas. Indirectement oui, mais je ne pense que ce soit ce match-là qui nous a fait basculer vers une série négative. Même après ce match là, je pense qu’on gardait une certaine confiance.

 

Cette saison ressemble étrangement à celle de l’année dernière, coïncidence ?

Oui, c’est une drôle de coïncidence. Les deux saisons se ressemblent un peu. En novembre on a de bonnes périodes avant de retomber dans une période de matches sans victoire. Mais c’est plus une coïncidence qu’autre chose.

 

Avec les résultats qui ne sont pas là, l’ambiance s’en ressent-elle ?

Forcément c’est différent quand on est 18ème et qu’on joue notre survie tous les week-ends, que lorsqu’on est en milieu de tableau. Après on essaye de se parler, de garder la bonne humeur, de bien vivre ensemble. Je pense que c’est important pour s’en sortir.

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© Allez-Laval

Peux-tu nous rappeller ton parcours ?

J’ai commencé dans un club près de Toulouse qui s’appelle le Toac. C’était ma première année de football en poussin, où mon père était coach en basket. Ensuite j’ai été dans un autre club près de Toulouse, à Castelginest, avant d’être repéré par le TFC en benjamin - qu'on appelle U10 maintenant. Jusqu’en U16 et après je suis parti à Colomiers, où j’ai fait deux années chez les jeunes avant d’intégrer les seniors et faire quelques années, avant d'être repéré par Laval.

 

Pourquoi Toulouse ne t’as pas conservé ?

La dernière année j’étais petit, gringalet, pas au-dessus techniquement. J’étais arrivé à une limite pour la formation où ils pensaient sûrement que je ne ferais pas le poids pour intégrer les équipes au-dessus.

 

Sur une interview il y a deux ans, tu disais ne plus forcément penser à une carrière pro. Une chance que Laval soit arrivé ?

Oui, quand on se lance dans les études on joue avec ses potes tous les week-ends ; bien que le CFA soit un niveau très exigeant. Je n’y pensais pas trop (au monde pro, nldr), j’avais ma vie d’étudiant, de football amateur et je ne pensais plus trop à une carrière pro. C’est une chance aujourd’hui.

 

Personnellement tu fais une bonne saison, comment le vis-tu, notamment par rapport aux résultats de l'équipe ?

Individuellement je le vis bien quand même. L’année dernière je jouais moins régulièrement, sur trois postes différents. Cette année j’ai la confiance de mes coéquipiers, de mon coach surtout. Quand on enchaîne les matchs, c’est plus agréable, même si je préférerais que les résultats suivent. Mais sur un plan personnel c’est satisfaisant de pouvoir enchainer

 

Qu’est ce qui a changé par rapport à l’année dernière ?

Déjà j’avais terminé la saison dernière en disputant les cinq derniers matches. Ça s’était très bien passé. Je pense que le coach était resté sur une bonne note. Après je suis revenu avec l’envie de montrer que je voulais continuer sur cette lancée. Même si j’étais partie pour ne pas démarrer la saison titulaire, dès que j’ai eu mon chance je l’ai saisie, et depuis je n’ai pas lâché ma place.

 

Qu'est-ce qui a changé entre l'été dernier, et celui de 2012 ?

Comme j’étais nouveau l’an passé (en 2012) et que j’avais été avec le Bénin, on m’avait laissé une semaine de plus de repos. Après une saison à Colomiers et le parcours au Bénin, c’était peu pour récupérer et m’intégrer. Cette année je connaissais déjà la maison, j’avais mon chez moi : c’est donc plus facile de revenir dans ces conditions que la première année.

 

L’an passé tu avais quelque peu disparu après la réception de Tours, avant de revenir plus fort en deuxième partie de saison. Comment l’avais-tu vécu ?

C’était dur, j’avais tout quitté pour venir vivre le rêve d’être professionnel. Et quand on se sent oublié, inutile, et qu’on est envoyé en DH, soit deux niveaux en dessous de là où je jouais à Colomiers, c’est frustrant. On se pose des questions. Est-ce qu’on n’a pas vu trop haut pour nous ? Est-ce qu’on a le niveau pour jouer en Ligue 2 ? Après, en revenant après Noël, je me suis dit qu’il fallait que je m’accroche et que j’essaye de tout donner pour vivre cette vie de footballeur pro à fond.

 

Tu es revenu lors du départ de Lindsay, ça a pu t’aider ?

Pas forcément car les dirigeants avaient recruté Miodrag (Stosic) pour le remplacer. A ce moment-là le coach me voyait peu comme un défenseur central. Je n’avais joué que défenseur latéral ou en six devant la défense. Je pense qu’il n’avait pas encore assez confiance en moi pour me confier un poste important comme celui de défenseur central, et je pense que ce sont les faits de jeu qui ont fait qu’il m’a mis à ce poste.

 

Cette saison, tu es un titulaire indiscutable, te considères-tu comme un cadre ? 

Pas vraiment comme un cadre non, étant donné le fait qu’il y a des joueurs qui ont plus d’expérience que moi, beaucoup plus de matchs. Je pense à Malik (Couturier), à Guillaume (Rippert) ou même à Gaëtan (Belaud). Même au milieu, enfin, tous les postes c’est pareil. Certains ont même joué en Ligue 1. Non je ne me considère pas comme en cadre, d’autant plus que parmi les titulaires, je fais partie des plus jeunes encore. Même si j'ai senti que je prenais plus de poids dans l’équipe, je ne suis pas un cadre. 

 

Est-ce qu’on te reconnaît plus dans la rue, tu es plus sollicité en fin de match ?

Non ça n’a pas changé. L’année dernière même si je ne jouais pas beaucoup, il y a toujours eu un bon accueil de la part des supporters notamment à la fin des matches. Mais à ce niveau-là ça n’a pas trop changé. 

 

Avec qui t’entends-tu le mieux dans les vestiaires ?

Honnêtement je m’entends bien avec tout le monde. J’ai plus d’affinités avec des personnes comme Gaëtan Belaud, Guillaume Rippert, Antony Robic avec qui je rigole bien ou encore Julien Toudic. Un peu tout le monde, je ressors quelques personnes mais je passe de bons moments avec tout le monde. 

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© Fifa.com

Tu es béninois par ton père ?

Oui, mon  père est béninois et j’ai pris la double nationalité il y a maintenant un an et demi.

 

Très peu de temps avant d‘être sélectionné en fait ?

C’est ma demande de double nationalité qui a fait qu’ils se sont posés des questions sur moi. L’administration a vu que je jouais au football en France et elle a contacté la fédération qui s’est renseignée sur moi, et j'ai été sélectionné.

 

T’attendais-tu à être sélectionné ?

Pas du tout. Tout s’est fait très vite. J’ai fait une très bonne saison avec Colomiers et tout s’est enchainé entre le Bénin et Laval.

 

Tu avais d'ailleurs créé un groupe sur Facebook pour être sélectionné...

(Rires) Oui c’était il y a longtemps ! Enfin il y a longtemps... Trois ans avant d’être sélectionné, on rigolait de ça avec mes potes, que je sois sélectionné avec le Bénin ; aux côtés de Sessegnon et consorts. C’est vraiment arrivé ! Mais à la base c’était plus une blague qu’autre chose ce groupe.

 

Une bonne blague finalement ?

(Sourire) Oui une bonne blague, ça a bien marché, j’y prend toujours plein de plaisir à chaque fois que j’y vais.

 

Raconte-nous tes premières apparitions.

A l’époque le sélectionneur était Manuel Amoros. Avant même le premier entraînement, il est venu me voir et m’a dit qu’il comptait sur moi pour jouer tous les matches préparatifs. Ça m’a mis dans le bain directement et rapidement en confiance. Ça fait plaisir de recevoir une telle confiance immédiatement. Après c’était parti pour le premier match face au Burkina-Faso. C’est particulier aussi de jouer par ces temps-là et ces pays-là. Après j’ai un excellent souvenir du premier match officiel contre le Mali. On a gagné 1-0 et c’était une victoire historique car on n’avait jamais gagné contre cette sélection.

 

Un joueur de 4ème division nationale en sélection, les béninois ne se sont pas posé de questions ?

Si si, surtout que j’avais fait toute la saison à Colomiers en tant que numéro 6 et j’ai été appelé pour jouer en défense centrale. Le sélectionneur étant français, on a pensé qu’il favorisait les joueurs français d’origine. Mais après les premiers matchs ils ont vu que j’avais le niveau et les questions se sont vite dissipées.

 

Depuis tu as toujours été titulaire ?

Oui, ça s’est toujours plus ou moins bien passé, malgré que l’on perdait des matches. On jouait des équipes plus fortes que nous, il était plus difficiles de lutter. Mais sinon ça s’est bien passé à chaque fois que j’y ai joué

 

Aujourd’hui ta sélection rencontre quelques problèmes au niveau de son entraîneur, peux-tou nous l'expliquer ?

Même nous les joueurs franco-béninois - j’essaye d’en parler avec ceux que je croise dans le championnat - on ne sait pas trop où ça en ait, c’est assez particulier. Ils ont changé le président de la fédération il n’y a pas longtemps et sont à la recherche d’un sélectionneur. Pendant ce temps-là, nous on est sans nouvelles et on attend de voir ce qui va se passer.

 

Les prochains matchs seront ceux de qualification pour la CAN ?

Oui c’est ça. Je crois qu’il y a déjà trois chapeaux qui sont constitués pour les groupes qui se disputeront en septembre. Nous, on fait partie d’un quatrième chapeau où on devrait passer des tours qualificatifs avant septembre. Afin de se qualifier pour ces premières poules et pouvoir, peut-être, participer à la CAN 2015.

 

C’est quand donc ces premiers matches qualificatifs ?

C’est pareil, je ne sais pas trop (rires). Je n’ai pas de nouvelles et, malheureusement, on attend de voir. Mais après c’est le problème là-bas, l’organisation et tout ça : on est un peu sans savoir et parfois les choses se font aux derniers moments.

 

A long terme, être capitaine un jour tu y penses ?

Pas encore, il n'y a pas mal de joueurs qui sont devant moi, qui sont plus âgés et qui sont plus à même d’être capitaine. Après quand j’aurais 30 ans et quelques années de sélection derrière moi, on verra.

 

Entre pro et amateur, voit-on une différence dans la sélection ?

Nous au Bénin on est entre guillemets un « petit pays », mais il y a des grands joueurs comme Stéphane Sessegnon, et on est plusieurs qui jouons dans des grands championnats. Après il y a aussi des joueurs locaux qui s’installent. Il y a un peu de tout, et tout le monde se met à chaque fois au diapason, et au niveau les uns des autres pour arriver à faire des choses cohérentes

 

Tu es le seul joueur qui joue avec sa sélection actuellement au Stade Lavallois, ça t’apporte avec le club ? Tu apportes aux autres aussi ?

Comme cela fait longtemps que je n’ai pas été sélectionné, pas forcément. Mais après ça m’apporte plus moi individuellement que je n’apporte aux autres ou au club. C’est un plaisir personnel avant tout, et je ne fais pas forcément partager mes expériences avec les autres. Et ce que ça peut leur servir ? Je ne sais pas.

 

Même dans l’approche des matchs, ou pour les plus jeunes ?

Dans l’approche des matchs je suis plus centré sur moi-même. Comme je l’ai dit auparavant, je ne pense pas faire partie des cadres et donc c’est vrai que dans le vestiaire je ne m’impose pas pour parler au groupe et je reste concentré sur moi-même. Après si j’ai quelque chose de particulier à dire à quelqu’un, que ce soit le nouveau qui débute ou à un Malik Couturier par exemple qui a je-ne-sais combien de matches en Ligue 2, je le lui dis. Mais sinon je reste plutôt concentré sur moi-même. Non pas que je sois égoïste, mais je ne me sens pas cadre et je ne pense pas que ce soit mon rôle.

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© Image Sport 53

Tu es en fin de contrat, qu’en est-il de ton avenir ?

J’en suis dans les discussions, après on verra simplement ce qui se passera.

 

Le club ne s’en cache pas, il souhaite te prolonger, quelle est ta position ?

Moi, je... (il hésite) Je n’aime pas tellement en parler. Il y a des rumeurs, mais je suis juste en discussions pour le moment. On essaye de trouver un accord sur plusieurs choses et j’espère que ça va se décanter dans les semaines à venir.

 

Qu’est ce qui pourrait faire pencher la balance ?

Déjà je n’y pense pas trop. Pour l’instant, j’ai simplement et vraiment envie que l’on s’en sorte avec le club ! Que l’on y arrive lors des prochains matches, avec des tournant qui arrive dans ce mois de mars. Si on arrive à s’en sortir, et à sortir la tête de l’eau rapidement, je pense que ce sera plus facile pour moi de parler de mon avenir avec Laval. 

 

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© rclens.fr

Connaissais-tu la ville de Laval avant ton arrivée ?

Honnêtement pas vraiment. Je connaissais de nom. Après je ne savais pas trop situer avec précision. Je savais que c’était vers la Bretagne, même si j’ai appris qu’il ne faut pas dire que les lavallois sont bretons (rires). Je savais que c’était dans ce secteur et j’ai appris à découvrir le club, la ville, la Mayenne et ça se passe bien.

 

Ça change de Toulouse et du Sud-Ouest.

Oui forcément. J’étais dans une grande ville, une très grande ville. C’est surtout que j’avais tous mes proches autour de moi, ce que je n’ai plus à Laval.

 

Quel fais-tu lors de tes temps libre ?

Je m’occupe comme je le faisais à Toulouse : je vois les joueurs en dehors du terrain avec qui je m’entends bien, et on passe des bons moments ensemble. Après rien de spécial : des cinés, des restos, des choses simples.

 

Ton club de cœur ?

J’en ai deux. Toulouse, car j’y suis né, et je suis fan de Liverpool.

 

Fan de Liverpool, on sait que tu avais apprécié l’ambiance à Lens. Côté ambiance à Laval tu es servi ?

(Sourire) C’est différent, c’est une petite ambiance. En moins grand, ça me fait penser à Toulouse. C’est à nous d’emballer le match pour amener le public avec nous, plus qu’à Lens ou des clubs à gros supporters où ils sont encouragés dès le début. Quand le public est avec nous, c’est agréable pour tous.

 

Tu serais prêt à « encourager le public à vous encourager » lors d’un match ?

Oui mais après ce sont des choses qui se font dans le feu de l’action, lorsque l’on sent que l’on est dans un temps fort, où on sent qu’on a besoin du public.

 

Plutôt Fifa ou PES ?

Fifa

 

Un mot sur ton numéro ?

Le 12, parce que je suis né le 12 mars. Au début je voulais prendre le numéro de l’un de mes proches mais ceux de mes proches étaient tous pris.

 

Ton plat préféré ?

Les légumes farcis de ma mère, ce qui me manque à Laval...

 

Ton film préféré ?

Inception.

 

Ta chanson préférée ?

C’est difficile, j’écoute de tout, j’en ai aucune qui me reste sur ces dernières années. En ce moment je dirais 23 avec Miley Cirus et Mike Will Made.

Ton pire  souvenir footballistique ?

Ma dernière année à Toulouse, parce que j’avais 15 ans et on était déjà dans un registre où si le coach ne comptait pas sur nous on ne jouait pas. Donc j’ai très peu joué. Il y a aussi la période où je n’ai pas joué à Laval l’an passé...

Et le meilleur pour finir ?

Mon premier match officiel avec le Bénin contre le Mali. Et un peu en-dessous, mon premier but avec Laval... même si malheureusement on avait perdu.

Propos recueilli par RP

 

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